• Samedi 15 juillet 2017

    in : Réflexions diverses

     

    Préalable : je ne saurais pointer précisément quand cela arriva, mais voilà fort longtemps que je suis convaincue que chaque minute de notre existence, et surtout chaque événement, drôle, triste, affreux, bizarre, pénible, joyeux... trouve(ra) sa place, tôt ou tard, dans notre cheminement. Si j'ai pu tenir de longs mois à enseigner dans le Bronx en pleurant presque chaque jour, c'est bien grâce à cette conviction et, en effet, les 3 derniers mois furent merveilleux, les retombées sur mon activité pro à mon retour en France me bénéficièrent les 2 ou 3 années suivantes.
    Tel épisode éclaire soudain le passé, telle anecdote sème une graine, tel accident diffuse son enseignement...

    Nul ésotérisme en cela. J'ai quelque difficulté à affirmer que tout arrive pour une raison précise, ce serait reconnaître qu'un Grand Machin préside totalement à notre devenir, ce qui ne me va guère. En revanche, je crois volontiers à l'enchaînement des "choses" - en fait, je crois à la plasticité du cerveau : un certain mode de pensée, de gestion des émotions va entraîner certains comportements qui eux-mêmes peuvent provoquer un événement.
    "peuvent"... ça veut pas dire que c'est systématique. N'empêche, je crois que l'un des moments de ma vie où je fus la plus heureuse fut, paradoxalement, celui où j'étais définitivement perdue, noyée de chagrin ! C'était il y a bien longtemps, du temps où une rupture amoureuse me dévasta car je vivais alors uniquement dans le regard de l'autre. Puisque "l'autre" ne m'aimait plus, je n'en avais plus rien à faire des autres. Or, cela se traduisit par une profonde et vivifiante liberté intime.

    Bon, tout ça pour dire que je me suis pété la cheville le 27 mai dernier, aux 50 ans de mariage de mes parents, à 800 bornes de chez moi.

    So what ?

    Bah... quand même... ça vous apprend deux, trois trucs, une affaire pareille yes

    - on a beau se douter (pour peu qu'on fasse preuve d'un minimum d'empathie) qu'une incapacité physique partielle ou totale, c'est pas facile à vivre, il reste que seule l'expérience le démontre : je n'ai, durant les premières semaines, pu faire preuve d'autonomie que pour aller faire mes besoins et ma toilette (et déjà, c'est énorme !). Et encore, surtout parce que je m'offris un déambulateur (les béquilles étant beaucoup trop instables à mon goût - la preuve, je me cassai la binette par deux fois).

    - le besoin d'autonomie provoque la créativité / l'imagination / l'adaptabilité : en 24 heures, je me trouvai une astuce pour ne pas avoir à faire 3 mètres de plus lorsque j'avais envie de fumer une clope ou devais répondre au téléphone. Je me trouvai une petite poche en bandoulière dans laquelle je mis tout ce dont j'avais besoin : clopes, briquet, mini-cendrier portable, carte bleue et carte Vitale, portable, clé USB, stylo, papier, mini bouquin, lunettes.

    - le besoin d'autonomie force l'indépendance : après deux semaines à attendre chaque matin la venue de l'infirmière pour la piqûre anti-phlébite, je demandai à ce qu'on me montre comment me piquer seule et peux désormais me targuer de savoir le faire, en plus d'avoir fait faire des éconocroques à la Sécu *me happy* kiss

    - voir son corps se modifier, à son corps défendant, est une expérience curieuse, déconcertante, un peu flippante mais riche d'enseignements. Mon mollet droit est tout maigre, tel que j'ai toujours rêvé de le voir, sauf qu'ainsi, il n'est plus opérationnel ! J'ai perdu 3 kilos ! D'aucuns (des mauvaises langues) diront que j'ai perdu du muscle épicétou. Sauf que, primo, mon seul mollet droit ne pesait pas 3 kilos (merdalor !), deuzio se trimballer son propre corps sur un déambulateur ou des béquilles, c'est du sport, et j'ai eu mal partout, partout (sauf à la cheville opérée) ! Au point de voir un ostéo pour m'assurer que je n'étais pas en train de déglinguer tout le reste. Et, oui, j'ai été en déficit calorique les premières semaines, entre tous les produits chimiques qu'on m'a injectés aux urgences (je vous mens pas, y'a eu beaucoup de morphine, de la kétamine (1), et toutes sortes d'autres anti-douleurs, qu'ont pas bien marché au fait - se péter la cheville, ça fait méga giga mal, et y'a rien à faire, en fait, jusqu'à l'opération / 16 heures d'attente me concernant) qui m'ont d'abord fait vomir puis coupé l'appétit, la chaleur subite sur toute la France et trois jours de formation dans un grand bâtiment une semaine après l'accident : bah j'ai perdu du poids ! he

    - vivre à nouveau avec ses parents, près de 25 ans après les avoir quittés, un grand moment ! Celui où vous comprenez simultanément combien les miens sont des êtres merveilleux, et, nonobstant, combien vous aviez raison d'avoir coupé le cordon ! La cohabitation durant 6 semaines fut nécessaire, généralement tranquille, mais finalement un peu trop oppressante quand même. Je devais remonter avec eux, chez eux, le 10 juillet, mais m'organisai dans l'urgence pour pouvoir rester chez moi, seule, autonome, à la faveur d'un avis chirurgical m'autorisant à enfin pouvoir poser le pied.

    - la frustration... Je n'aurais pas cru, mais j'ai su m'accommoder de nombreuses d'entre elles. Un point fort ! N'empêche... ne pas pouvoir conduire avant octobre a priori, ne pas pouvoir aller me baigner tôt le matin dans la Méditerranée, me posent quelques problèmes que j'apprends à gérer au mieux. Vous comprendrez d'autant mieux que, dans ma recherche d'un emploi dès le 1er septembre, je suis un peu dans le caca...
    Qui dit frustration, dit patience : là aussi, je continue d'enrichir ma pratique de celle-ci... happy Encore des trucs à apprendre...

    - l'occasion aussi de découvrir de nouvelles richesses chez ma soeur autiste : elle assista à l'accident et montre depuis une grande attention, une vraie considération pour la blessure : j'ai pu profiter de son besoin irrépressible de toucher cette blessure - des massages doux et toujours remarquablement ciblés. L'occasion de comprendre, une fois de plus, combien au-delà de la culture, des codes sociaux, de l'intelligence telle qu'on continue de vouloir la mesurer, l'instinct, l'émotion, l'empathie sont des facteurs incontournables de notre survie, de nos besoins primaires. ♥

    Bref ! Pour éviter que le titre de ce billet n'illustre le contenu de ce billet, bah voilà... J'ai le mot CHANCE en tête.
    La chance que ma tête, en heurtant la voiture garée en bas des escaliers d'où je chus, n'ait pas eu le moindre problème.
    La chance d'avoir une famille extraordinaire (mon frérot n'est pas en reste, qui vint me tenir compagnie tout un samedi), des amis incroyables (qui répondirent si rapidement à un exercice sur l'estime de soi lancé pendant ma formation), une bonne constitution physique - malgré mes excès - qui me permet aujourd'hui de boiter sans béquilles du salon à la cuisine (hourra !).

    Quand même, juste un truc, pensez à moi si vous entendez parler d'un job ! Je vais devoir dans un premier temps me trouver une activité faisable à distance (courrier électronique, Skype, téléphone).

     

    Il n'y pas de hasard, il n'y a que des rencontres.

     

    Vous n'aurez pas ma fleur, celle qui me pousse à l'intérieur !

    Casse-pied

    Casse-pied

    Le Grand Travers, 9 juillet 2017

     

    (1) - j'avais lu, voilà quelque temps, que la kétamine était un produit très recherché par des toxicomanes, au point de dévaliser de nombreuses cliniques vétérinaires. Chez mon véto, d'ailleurs, une affiche informe les cambrioleurs potentiels qu'il n'y a en a pas sur place.
    L'expérience fut... mmhmhmh... assez beurk : j'ai fait un vrai trip, avec le sentiment que tout était réel, mais je ne voyais que le mur de la pièce des urgences où l'on était en train de tenter de réduire ma fracture (2è tentative après une 1ère avec force morphine et gaz hilarant) et tenais une conversation décousue, mais qui me paraissait redoutablement logique, avec les infirmiers. Un truc de fou. A mon "retour", l'infirmière m'a dit un truc du genre : "Alors ? C'est de la bonne, hein ?" beurk


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